« Les gays sont souvent victimes de harcèlement sexuel en Haïti »

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Le harcèlement sexuel des gays, souvent ignoré dans nos consciences, existe bel et bien en Haïti. Au prime abord, le sujet apparait sans grand intérêt, voire hilarant pour le commun des mortels. Mais le jour où quelqu’un a décidé de briser la glace pour livrer témoignage, évoquer de mauvais souvenirs enfouis dans sa mémoire ou, du moins, rapporter des propos d’autres personnes qu’il a recueillis dans l’exercice de sa fonction, le sujet ne peut que susciter un puissant regain d’intérêt.

Témoin des balbutiements de la société haïtienne, initiateur de la campagne #PaFèSilans en compagnie de l’organisation féministe Nègès Mawon, Loop a rencontré en exclusivité Charlot Jeudy, président de « l’Association haïtienne de défense des droits des homosexuels » (Kouraj), lors d’une soirée d’hommage à quelques survivants de la violence basée sur le genre, dans les jardins de la résidence de l’ambassadeur américain en Haïti ce mardi 5 décembre.

La violence est un véritable problème dans la société haïtienne au point qu’un nombre considérable de personnes la déplore au quotidien. Est-ce que les couples homosexuels s’en plaignent également ?

Charlot Jeudy : Absolument, la violence basée sur le genre est réelle dans la société haïtienne. Les transsexuels, surtout les gays, connaissent beaucoup de violence dans leur relation. Ce n’est pas trop différent des couples hétérosexuels parce que les mêmes stéréotypes, les mêmes tares de la société globale pullulent dans la communauté LGBT. Nous croyons toujours que les droits civils et politiques de tous doivent être respectés sans exclusive. Toutefois en recourant à la justice pour y chercher protection et jouir du respect de leurs droits, ils confrontent à d’autres difficultés parce que la justice en elle-même est un foyer de discrimination s’appuyant sur l’identité de genre, l’orientation sexuelle du plaignant avant de répondre avec efficience à ses besoins. Dans de tels cas, nous sommes obligés de recouvrir à d’autres dispositifs pour protéger la personne en question contre les séquelles auxquelles elle est en train de fait face. En fin de compte, la société doit se rendre compte que la violence peut être exercée par tous et sur tous, quel que soit le sexe ou l’orientation sexuelle.

Comment s’exercent-t-ils, ces types de violence ?

Charlot Jeudy : Mille et une manières. Rappelez-vous qu’ils sont des citoyens, citoyennes provenant de cette société débalancée, patriarcale dans laquelle le sexe masculin symbolise la force, le pouvoir coercitif, la domination. C’est un construit social difficile à abattre. Les gays sont souvent victimes du harcèlement sexuel dans les rues, les bureaux, par exemple. Les gens continuent à penser qu’ils peuvent disposer du corps des personnes gaies comme bon leur semble. Voilà pourquoi nous disons qu’il faut mettre en place des garde-fous pour empêcher ces esprits tordus de continuer à martyriser le gens.

Pour contrebalancer la violence contre les femmes dans la société, une campagne baptisée #16JoursActivisme est montée depuis le 25 novembre dernier et elle s’arrêtera le 10 décembre prochain. Quel regard portez-vous sur cette initiative ? La jugez-vous importante ?

Charlot Jeudy : Nous partageons entièrement l’esprit de cette campagne qui se réalise dans une société extrêmement violente. En tout premier lieu, cette violence émane de l’Etat haïtien qui n’est pas capable d’offrir à ses citoyens les services sociaux de base, par exemple : santé, éducation, nourriture, logement décent, eau potable, etc., ce qui contribue à les rendre beaucoup plus violents dans leur rapport avec autrui. De l’autre bord, il y a les femmes qui subissent des actes de violence au quotidien dans leur relation avec les hommes, à savoir violence sexuelle, symbolique, psychologique, entre autres. Donc, c’est une très bonne initiative qui mérite d’être félicitée et accompagnée. Elle ne va pas résoudre certes les problèmes récurrents, mais elle peut provoquer le déclic qui engendra une prise de conscience chez les instigateurs de la violence eux-mêmes. Cela servira aussi de relais à d’autres acteurs féministes qui mènent une lutte acharnée contre la recrudescence de la violence dans la société. Enfin, l’initiative pourra bien inciter les autorités publiques à instituer des politiques claires et poser des balises juridiques pouvant sanctionner les tortionnaires.

Continuer le plaidoyer pour une issue favorable, même si lointaine …

Charlot Jeudy : C’est une responsabilité collective. Même le Président de la république doit mettre le pied à l’étrier pour l’éradication de cette peste qui ronge la société dans tout son corps. Il n’existe pas de baguette magique qui nous permettrait de faire disparaître les problèmes au petit matin. Nous devons nous battre à cor et à cri pour éliminer ce monstre à mille têtes ! La violence est répugnante sous toutes ses formes.