Quel plan de sécurité pour Haïti ?

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Mardi 26 décembre 2017.– La Sécurité est un état où les dangers et les conditions pouvant provoquer des dommages d’ordre physique, psychologique ou matériel sont contrôlés de manière à préserver la santé et le bien-être des individus et de la communauté. C’ est pratiquement une ressource indispensable à la vie quotidienne qui permet à l’individu et à la communauté de réaliser ses aspirations.

Assurer la sécurité physique à l’ intérieur et à l’extérieur des frontières d’ un État, révèle théoriquement sa capacité d’organisation et de gestion de son territoire. Depuis l’apparition de l’État au XVI siècle, en Europe, cette notion a toujours été l’objet d’études selon une approche multidimensionnelle qui, dès le départ, scientifiquement est complexe. Elle fait partie intégrante des « Missions Régaliennes Classiques » de l’ État.

Comment organise-t-on la sécurité d’un pays avec une vue de l’ intérieur mais également avec une vue de l’ extérieur, c’ est-à-dire par rapport aux relations internationales? Pour tenter de répondre à cette question fondamentale, on va adopter une vue de l’ intérieur. Il existe, à l’ échelle de la planète, et dans le temps, une grande variété de formes selon lesquelles les États organisent leurs institutions. Cette variété est due au degré plus ou moins grand de décentralisation que l’ État accepte ou organise en son sein. Depuis l’ adoption de la constitution de 1986, l’ État haïtien est devenu une République indivisible, ce qui sous-entend qu’ il est unitaire, mais décentralisé et déconcentré, c’ est-à-dire qu’ un seul gouvernement, en l’occurrence nationale définit et met en oeuvre les décisions publiques sur l’ ensemble du territoire.

Dès le début , on a fait référence à ce qu’ on appelle « Missions Régaliennes Classiques » de l’ État, ce sont des fonctions anciennement attribuées au roi. Il y a cinq grandes fonctions régaliennes classiques de l’ État, mais dans ce contexte seulement deux qui nous concernent. La première: entretenir l’ armée et assurer l’ ordre public à l’ intérieur des frontières. C’ est aussi mener une politique étrangère, pour être cohérent avec une vue de l’ extérieur, c’ est-à-dire par rapport aux relations internationales. Ces deux premières fonctions constituent les deux faces d’ une même réalité: la sécurité de l’ État. En effet, une des missions régaliennes de l’ État consiste à assurer la sécurité.

La sécurité sur le plan intérieur mais aussi sur le plan extérieur en assurant la protection des populations contre les agresseurs potentiels, situés à l’ intérieur et en dehors des frontières étatiques. Ces missions de protection de la population sur son territoire est une des prérogatives de l’ État. Elle implique de parer à toutes les menaces qui peuvent remettre en cause à la fois les valeurs centrales de la collectivité et son intégrité physique. Partant de ce principe, sans exagération aucune , on est en bon droit de dire que l’ État Haïtien d’ aujourd’hui n’a pas la capacité d’assurer l’intégrité et la sécurité nationale de manière souveraine, ce, en dépit des nouveaux dispositifs sécuritaires sur le plan de la technologie. Mais, il fut un temps , l’État avait en quelque sorte cette capacité, à savoir le contrôle de la sécurité du territoire, sous le régime dictatorial des Duvalier.

L’ atteinte d’un niveau de sécurité optimal nécessite que les gouvernants créent et maintiennent les conditions suivantes, quelque soit le milieu de vie considéré :
Un climat de cohésion et de paix sociale et d’équité protégeant les droits et libertés, tant au niveau familial, local, national qu’international. La prévention et le contrôle des actes de banditisme et autres conséquences ou dommages causés par l’insécurité , le respect des valeurs et de l’intégrité physique, matérielle ou psychologique des personnes , l’accès à des moyens efficaces de prévention, de contrôle et de réhabilitation pour assurer la présence des trois premières conditions.

A bien des égards, il ne peut y avoir de sécurité pour les autres catégories sociales( gouvernants, religieux, hommes d’ affaires, professionnels etc) tant que la situation demeurera aussi longtemps plus précaire dans les milieux que l’ on dénomme traditionnellement »marginalisés » , c’ est-à- dire qu’il n’y aura pas de sécurité dans les hauteurs de Port-au-Prince comme à Grand-Ravine et Cité Soleil. Donc , en aucune autre façon, la condition de sécurité de Monsieur Pierre ne devrait dépendre de la réalisation de sécurité de Ti Jozèf.

C’est le principe cardinal d’altérité. Victor Hugo eut à dire : c’ est une chose étrange à quel point la sécurité de la conscience donne la sécurité du reste. Cependant, la criminalité organisée existera toujours, seuls les moyens dissuasifs sont à utiliser pour éviter de cas spectaculaires à répétition.Ces conditions pré-établies peuvent être garanties par des actions sur l’environnement (physique, social, technologique, politique et économique, organisationnel ) et sur les comportements

En effet, aucun dispositif de sécurité ne sera effectif en Haïti sans combattre l’ impunité, sans une politique publique de sécurité cohérente et stratégique définie selon des approches sociologues sous le leadership de la domination rationnelle , légale , et sans avoir apporté de grands remèdes aux grands maux qui nous rongent profondément comme société. Car, selon Sarah Ban Breathnach, jouer avec la sécurité est le choix le plus risqué que l’ on puisse faire ».

Witzer MESADIEU, diplômé en Études Politiques.