Mais, où est donc passée l’Armée d’Haïti?

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Sans Quartier-Général et sans État-Major connu ou reconnu, les FAd’H (Forces Armées d’Haïti) sont prises au piège de la politique haïtienne
Léogane, lundi 22 janvier 2018 .– Deux mois après avoir été « ressuscitée » par le pouvoir Tet Kale 2, l`Armée d’ Haïti fait toujours pâle figure et semble donner raison à ceux qui pensaient que les dirigeants du moment ont placé une charrue sans roue bien avant les bœufs de trait.

Cette force publique, « faiseuse de rois » qui a fait couler beaucoup de sang d’ haïtiens durant la deuxième partie du vingtième siècle, démobilisée après une décennie d`incartades par un prêtre président incapable de l’apprivoiser à l’instar des Duvalier, a fait sa réapparition dans un contexte similaire à son écartement. Dans le plus pur mépris des lois de la République! Les Tèt Kalé enferment dans l’indifférence ceux qui ne souhaitaient pas la présence de « cette armée » qui ne dit pas son nom.

Erreur ou stratégie? Jusqu`à présent, le nouveau lieutenant général Jodel Lessage se trouve seul dans l`arène, avec pour instruction de monter son état-major, alors que la constitution prévoyait l`inverse, dans son article 264-2. « Le Commandant en Chef des Forces Armées, conformément à la Constitution, est choisi parmi les Officiers Généraux en activité de Service ».

Qu`est ce qui empêchait le chef de l`état de choisir les membres de cet état-major et de faire valider ses choix par le sénat (où il dispose d`une majorité plus que confortable), bien avant la remobilisation, afin de créer un climat de confiance dans la population?

Autre anicroche dans le fonctionnement des deux corps armés dans le pays, le chef de l`état vient de mettre sur pied une police frontalière, alors que la constitution prévoit dans son article 266 que « Les forces Armées ont  pour attributions … d`assurer la surveillance des Frontières terrestres, maritimes et aériennes ».

Sans un amendement de la constitution et une nouvelle loi pour réglementer cette entité que le président voit plus comme « une armée de développement », on se demande si on ne se perd pas dans une caravane de décisions à l`emporte-pièce.

En attendant, le général et son armée sans budget, sans état-major et sans troupes, se font tout petits dans leur coin. Histoire peut être de ne hérisser les poils du dos des anti-FAd`H du dedans et du pays étoilé.

Pour mieux comprendre le fonctionnement de l’armée, sa mission et ses attributions, lisez ces articles de la constitution haïtienne.

TITRE XI
DE LA FORCE PUBLIQUE
Article 263:
La Force Publique se compose de deux (2) Corps distincts:
a) les Forces Armées d’Haïti;
b) les Forces de Police.
Article 263.1:
Aucun autre Corps Armé ne peut exister sur le Territoire National.
Article 263.2:
Tout Membre de la Force Publique prête lors de son engagement, le serment d’allégeance et de respect à la
Constitution et au drapeau.
CHAPITRE I
DES FORCES ARMÉES
Article 264:
Les Forces Armées comprennent les Forces de Terre, de Mer, de l’Air et des Services Techniques.
Les Forces Armées d’Haïti sont instituées pour garantir la sécurité et l’intégrité du Territoire de la
République.
Article 264.1:
Les Forces Armées sont commandées effectivement par un Officier Général ayant pour titre Commandant En
Chef Des Forces Armées d’Haïti.
Article 264.2:
Le Commandant en Chef des Forces Armées, conformément à la Constitution, est choisi parmi les Officiers
Généraux en activité de Service.
Article 264.3:
Son mandat est fixé à trois (3) ans. Il est renouvelable.
Article 265:
Les Forces Armées sont apolitiques. Leurs membres ne peuvent faire partie d’un groupement ou d’un parti
politique et doivent observer la plus stricte neutralité .
Article 265.1:
Les Membres des Forces Armées exercent leur droit de vote conformément à la Constitution.
Article 266:
Les Forces Armées ont pour attributions:
a) Défendre le Pays en cas de guerre;
b) Protéger le Pays contre les menaces venant de l’extérieur;
c) Assurer la surveillance des Frontières terrestres, maritimes et aériennes;
d) Prêter main forte sur requête motivée de l’Exécutif, à la Police au cas où cette dernière ne peut répondre
à sa tâche;
e) Aider la nation en cas de désastre naturel;
f) Outre les attributions qui lui sont propres, les Forces Armées peuvent être affectées à des tâches de
développement.
Article 267:
Les Militaires en activité de Service ne peuvent être nommés à aucune Fonction Publique, sauf de façon
temporaire pour exercer une spécialité.
Article 267.1:
Tout militaire en activité de Service, pour se porter candidat à une fonction élective, doit obtenir sa mise en
disponibilité ou sa mise à la retraite un (1) an avant la parution du Décret Electoral.
Article 267.2:
La carrière militaire est une profession. Elle est hiérarchisée. Les conditions d’engament, les grades,
promotions, révocations, mises à la retraite, sont déterminées par les règlements des Forces Armées d’Haïti.
Article 267.3:
Le Militaire n’est justiciable d’une Cour Militaire que pour les délits et crimes commis au temps de guerre ou
pour les infractions relevant de la discipline militaire.
Il ne peut être l’objet d’aucune révocation, mise en disponibilité, à la réforme, mise à la retraite anticipée
qu’avec son consentement. Au cas où le consentement n’est pas accordé, l’intéressé peut se pourvoir par
devant le Tribunal Compétent.
Article 267.4:
Le Militaire conserve toute sa vie, le dernier grade obtenu dans les Forces Armées d’Haïti. Il ne peut en être
privé que par décision du Tribunal Compétent passée en force de chose souverainement jugée.
Article 267.5:
L’Etat doit accorder aux Militaires de tous grades des prestations garantissant pleinement leur sécurité
matérielle.
Article 268:
Dans le cadre d’un Service National Civique mixte obligatoire, prévu par la Constitution à l’Article 52-3, les
Forces Armées participent à l’organisation et à la supervision de ce service.
Le service Militaire est obligatoire pour tous les Haïtiens âgés au moins de dix-huit (18) ans.
La loi fixe le mode de recrutement, la durée et les règles de fonctionnement de ces services.
Article 268.1:
Tout citoyen a droit à l’auto-défense armée, dans les limites de son domicile mais n’a pas droit au port
d’armes sans l’autorisation expresse et motivée du Chef de la Police.
Article 268.2:
La détention d’une arme à feu doit être déclarée à la Police.
Article 268.3:
Les Forces Armées ont le monopole de la fabrication, de l’importation, de l’exportation, de l’utilisation et de
la détention des armes de guerre et de leurs munitions, ainsi que du matériel de guerre.