Qui a tué Yves Volel, professeur haïtien dont on parle aux États-Unis?

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Au moment où le monde se penche sur les récentes déclarations alarmantes du président américain Donald Trump, le nom d’un défenseur haïtien de la loi refait surface : Me Yves Volel, assassiné devant les Recherches Criminelles (Quartier général de la police), 13 octobre 1987, par des « individus non identifiés alors qu’il protestait contre la détention illégale de l’un de ses clients », rapporte des sources confondues.

Evoqué par le célèbre journaliste américain Anderson Cooper à l’émission « Anderson Cooper 3600 », Me Yves Volel aura été cet homme qui eut enseigné les mathématiques pendant 18 années à Dalton School, Manhattan (New York). Cooper, son ancien élève, renait sa mémoire de ses cendres de la manière suivante :

« Lorsque j’étais à l’école secondaire, j’avais un professeur qui s’appelait Yves Volel. C’était un rude combattant qui travaillait avec assiduité pour l’éducation des jeunes aux Etats-Unis. Retourné vivre dans son pays, il fut assassiné au moment où il s’est porté candidat à la présidence ».

Alors, pour rendre un hommage digne au peuple haïtien après les propos incendiaires du président de la République étoilée, Anderson Cooper s’enfuit dans son enfance pour déterrer au moins le nom d’un haïtien dont il s’en souvient, qui s’est battu à cor et à cri, avec honneur et mérite, pour le renforcement de l’éducation dans le pays de Georges Washington.

Né à Jacmel en 1934, gradué en 1954 à l’Académie militaire, l’histoire rapporte que l’étudiant Henri Namphy jalousait Yves Volel pour ses performances intellectuelles fulgurantes.

Au début des années 60, après le déclenchement de la grève des étudiants regroupés sous l’appellation Union nationale des étudiants haïtiens (UNEH), « Duvalier a procédé à la mise à la retraite des colonels progressistes et réputés de gauche » dont le Yves Volel qui s’envola, plus tard en 1965, vers les Etats-Unis.

16 octobre 1987, New York Times rapportait qu’il n’a jamais cessé de « rappeler à ses élèves que sa véritable vocation était de débarrasser sa terre natale de sa dictature oppressive [NDLR, le régime Duvaliériste] ».

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« Quand je vois tant de gens pauvres dans les rues, tant de gens s’adonnant à la mendicité, ça stimule mon énergie et me fait sentir que ce que j’ai reçu de petite Haïti, petit pays mais grande nation, je dois tout redonner », aima-t-il dire.

De retour après le 7 février, avec l’ardeur de changer « quelque chose », l’ancien officier des Forces Armées d’Haïti et leader du Rassemblement des Démocrates Chrétiens (RDC) s’est présenté sa candidature à la présidence pour les élections du 29 novembre 1987.

Me Yves Volel fut abattu par un « jeune homme vêtu d’un t-shirt de couleur rouge », pour reprendre les mots de Jean Joseph Baguidy, responsable des Recherches Criminelles et futur colonel des Forces Armés d’Haïti. Des sources rapportent que plusieurs chefs d’accusation portés contre le colonel Baguidy et Grégoire Figaro autour de cet assassinant, restent en suspens.

Jacmel, à la mise en terre de Me Yves Volel, le professeur Gerard Bissainthe  a déclaré ce qui suit : « La réalité dépasse ici la fiction. On aurait pu imaginer n’importe quoi, sauf qu’un avocat soit descendu devant un Bureau de police qui était censé le protéger, et en allant défendre un homme qui était emprisonné sans qu’on sache pourquoi il était emprisonné. Il faut, évidemment, qu’il y ait une enquête là-dessus, et une enquête qui arrive à des résultats ».

Appelant l’Etat à prendre ses responsabilités, il tempêta : « Que l’enquête se fasse, justement ! Que la responsabilité soit déterminée ! Que des sanctions soient prises ! » Avec l’intention généreuse de voir un jour que la République « érige une statue à Yves Volel à l’endroit même où il a été abattu parce qu’il est le grand héros de la constitution ».

« J’aurais aimé le voir dans cette statue dans la position où on le voit sur certaine photo. Debout. A la main droite la constitution, un livre ouvert ; et sur son bras gauche, exactement, une toge. Cela devra servir aux générations futures pour qu’elles connaissent leur devoir, pour qu’elles sachent qu’à un moment il y a un homme qui a cru à la constitution et qui est mort pour défendre la constitution ». Ainsi a terminé le professeur Bissainthe, dont les propos ont été rapportés par le journaliste Fritz Valesco du journal « Tribô bâbô » sur Canal 2 (Télé Haïti).

Ici, s’achève le combat d’un homme libre, celui dont sa mémoire fut saluée hier soir par son ancien élève Anderson Cooper. C’est le « grand martyr de la constitution », regrette Gerard Bissainthe.

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